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     Il fut une époque où la ville de Saint-Omer était considérée comme un port de mer. Il y a de cela très longtemps. Elle offre encore à nos yeux une charmante bizarrerie : deux faubourgs aquatiques, le Haut-Pont et Lysel.

     Le Haut-Pont, c’est un paysage fait de longues lignes familières et intimes des petits toits inégaux et des petites maisons basses, des deux côtés du canal, et la perspective d’eau qui aboutit sur la tour Saint-Bertin. Quant à Lysel, c’etait autrefois un étonnant village de bateliers, logés chacun au-dessus de l’amarre de leur bateau, dans le dédale de petits ports domestiques.

     Et puis, il y a le marais, un gigantesque site, un territoire immense où vivent encore des familles travaillant des parcelles de terres décimées au milieu d’un enchevêtrement de marais et de canaux.

     Il est vrai que pendant des siècles, ils ont vécu contre la nature pour construire des digues, entretenir les fossés, afin de conquérir des terres inondées et les rendre cultivables. Dans cet ancien golfe marin de 3200 hectares à 1 m au-dessous du niveau de la mer, il reste une poigne d’hommes et de femmes qui refusent de quitter leurs canaux. Et ils ont bien raison, même si ce n’est pas la facilité.

     Aujourd’hui, l’activité maraîchère rythme la vie de cet endroit : le chou-fleur l’été, l’endive l’hiver.

 

      L’activité touristique s’est associée à cette vie économique. Depuis quelques années, des chemins d’accès relient le marais au monde extérieur. Cependant, les repères manquent. Il faut connaître le marais comme sa poche pour se retrouver entre ces chemins d’eau qui forment un véritable labyrinthe. Sur les quelques 100 000 personnes qui visitent le marais chaque année certains s’y égarent en barque.

     Le long des wateringues aussi appelés chemins d’eau, on se déplace en bacove ou en escute, des barques à fond plat. Dociles, ces embarcations glissent, virent, s’engouffrent sous l’arche d’un pont de bois comme  un carrosse de seigneur.

     La barque, justement. Un moyen de transport propre à la région qui aurait pu disparaître si un jeune pris de passion pour son «audomarois» n’avait pas eu l’idée et la volonté de poursuivre le métier de « Faiseur de bateaux ».

     Lui, c’est Rémy Colin : un robinson du marais, une sorte de derniers des mohicans. Déjà tout gosse, amoureux fou du marais, respectueux des traditions et de l’environnement, Rémi souhaitait exercer son métier, i

     En succédant à son grand-oncle, Gérard Colin, bien connu des audomarois, ce jeune charpentier de marine œuvre maintenant, à sa façon, à la sauvegarde d’un patrimoine bien fragile.ci.

      Dans l’interview qui suit, Remy Colin nous explique sa passion pour la réalisation de ces barques à fond plat dont l’avenir était bien compromis.

     Notre région a un savoir-faire, et il faut le faire savoir.

Voir quelques images de la vie du marais Audomarois d’autrefois à nos jours