jean-louis bonne

 

Cheveux longs au vent, pas léger, petit sourire au coin des lèvres, regard doux derrière de fines lunettes, visage encadré d’une barbe aussi rousse que ses cheveux. Il se déplace à pieds, à vélo, en transports en commun : on le compare volontiers à un militant écolo ou à Jean-Louis Etienne, l’homme des grands espaces.

Lui, c’est Jean-Louis Bonne, un audomarois de cœur, discret presque timide. Il est Docteur en physique de l’Environnement et Chercheur sur le climat à l’Herausstellen Alfred Wegener Institut de Bremerhaven, dans le nord de l’Allemagne.

Notre jeune audomarois de 28 ans est actuellement en mission dans une base scientifique russe, située sur une île du delta du fleuve Lena, en Iakoutie, dans l’extrême orient russe. Là où personne ne vit !

Jean-Louis Bonne a le don de l’observation, le mot juste, la parole maîtrisée. En dehors des nombreuses conférences professionnelles auxquelles il participe, il ne divulgue pas son titre et ne fait jamais l’inventaire de ses connaissances, qui doivent pourtant être pointues pour avoir produit 500 pages d’une thèse consacrée à « La composition atmosphérique au sud Groenland »*.

 

Un exemple de réussite et de courage !

Un parcours réussi pour ce boulimique de travail. Du collège de l’Esplanade à Saint-Omer à la classe préparatoire scientifique, puis la thèse en passant par les stages, les concours et l’entrée à l’Ecole Normale Supérieure de Cachan, il lui a fallu s’accrocher et s’assumer financièrement. De Paris à La Réunion, puis Vienne, San Francisco, le Groenland, la Sibérie, l’océan Arctique… la vie, les rencontres, le hasard l’ont emmené bien loin de son Audomarois natal. Il y garde ses attaches familiales mais continue ses découvertes dans des centaines d’endroits insolites qui ont nourri sa passion pour la photographie (le papa, Michel, est l’un des animateurs du site des 4 Saisons de l’Audomarois).


La spécialité de Jean-Louis est de parcourir les lieux désertés et les paysages du grand froid. Il y affûte son œil curieux et insolite, pour nous faire découvrir avec humour et décalage un village fantôme, une ancienne base militaire ou une mouette qui pêche en haute mer ! Jean-Louis est à l’image de ces hommes sages qui ne forcent pas le destin (prendre une décision est un problème cornélien pour lui) mais qui vivent comme sous une bonne étoile… Polaire ?

* Thèse réalisée sous la direction de Valérie Masson Delmotte et Marc Delmotte, du Laboratoire des Sciences de l’Environnement, soutenue à l’Université de Versailles en avril 2015

Froid, moi ? …Jamais !

Avant son départ pour le Grand Nord le 27 août dernier,  Jean-Louis nous confiait : «Tout petit, lorsque je dévorais les articles de Science & vie, abonnement offert et renouvelé annuellement par ma tante seul cadeau que j’arrivais à inscrire sur ma liste de Noel, j’ai toujours été particulièrement captivé par ceux qui traitaient du changement climatique. Lorsque des années plus tard, pendant mes études de physique, j’ai assisté à une conférence sur les forages de glace au Groenland, j’ai vite été happé par l’envie de participer à cette science, et par les attrayantes possibilités d’aventure de terrain qu’elle offrait. Si je ne travaille finalement pas directement sur les climats passés, mes recherches actuelles ne s’en éloignent jamais beaucoup. Et même sans avoir pu creuser la calotte glaciaire, je m’en suis approché de très près pour  faire des mesures atmosphériques sur la côte sud-ouest du Groenland.

Aujourd’hui,  je m’intéresse avec un petit groupe de collègues aux origines de l’humidité dans l’atmosphère de l’est de l’Arctique, que l’on connaît encore assez mal, alors qu’elles subissent probablement de profondes modifications à mesure que la banquise disparaît en Océan Arctique, libérant des surfaces de plus en plus importantes d’océan libre de glaces où l’évaporation peut avoir lieu. Ces évolutions du cycle de l’eau peuvent avoir des impacts très forts sur le climat, en modifiant les nuages et les précipitations, et en ajoutant de la vapeur d’eau dans l’atmosphère, ce qui peut augmenter l’effet de serre et ainsi amplifier le réchauffement climatique. Pour notre analyse, nous avons disposé deux instruments de mesure de la vapeur d’eau atmosphérique dans des endroits stratégiques de l’Arctique. L’un est directement sur l’océan, au plus proche de l’évaporation, installé à bord du Polarstern, un brise-glace de recherche scientifique géré par l’institut allemand qui m’emploie, naviguant la moitié de l’année dans l’Océan Arctique et l’autre moitié autour du continent Antarctique. L’autre instrument est dans une base scientifique russe, située sur une petite île du delta du fleuve Lena, se déversant dans l’Océan Arctique, en Iakoutie, dans l’extrême orient russe. En combinant ces deux instruments, avec d’autres également installés en Arctique, on espère par exemple observer les mêmes masses d’air à différents stades du transport atmosphérique, et ainsi étudier l’évolution de la vapeur d’eau depuis le moment où elle s’évapore de l’océan, jusqu’à ce qu’elle atteigne l’est de l’Arctique. Pour que ces instruments puissent fonctionner au mieux de manière autonome tout au long de l’année, on doit régulièrement y faire de la maintenance. Pour celui à bord du bateau, on peut le faire facilement à domicile, lorsqu’il repasse à peu près tous les six mois au port de Bremerhaven, sur la côte de la mer du Nord en Allemagne, où est situé mon institut. Par contre, pour l’instrument sibérien, il faut se rendre régulièrement sur place, ce que je ferai dès septembre comme l’an dernier, en espérant que l’hiver n’arrive pas trop vite, mais que la température ait suffisamment baissé pour qu’il n’y ait plus trop de moustiques ! »

Dès son retour fin septembre, Jean-Louis nous dévoilera son carnet de route.

 

Jean-Louis Bonne

Vendredi dernier, le groupe de scientifiques a reçu le Patriarche de l’Église Orthodoxe de Russie, Cyrille de Moscou, le Pape Russe en quelque sorte. Jean-Louis est à droite sur la photo